«Images stratifiées»

    Par Camille Lemay

Chaque seconde, 2263 photographies sont postées sur les réseaux sociaux. Elles y montrent nos amours, nos amis, nos coups de cœur, nos états d’âme et figent sur la toile un instant de notre vie.
Il y a ce que nous sommes et cet avatar qui s’exprime à travers les images que l’on filtre. Le virtuel est superposé sur le réel, comme un calque. D’ailleurs, c’est souvent sur le net, banque infinie de données en libre-service, que l’artiste Lenny Rébéré puise pour créer une ode à l’impalpable.

Les esprits vaporeux de ses œuvres évoluent dans des décors spectraux, en noir et blanc, comme d’anciens clichés abandonnés en cours de développement. Les jeux de transparence et la légèreté qui se dégage de ces scènes nous murmurent que nous traversons la vie sans rien posséder vraiment.

Ses personnages sont rarement seuls mais n’interagissent pas entre eux. Le regard dans le vide, ils nous rappellent que dans un monde qui n’a jamais été aussi « connecté », nous sommes souvent seuls face à nous-mêmes au milieu d’une foule d’inconnus du quotidien.

Nous ne pouvons situer les tableaux qui semblent suspendus dans le temps. Ils nous donnent un sentiment d’inachevé et nous rappellent que tout est éphémère. C’est alors que notre sensibilité et notre imagination doivent prendre le relais.
La poésie absorbe l’œil qui caresse chaque détail pour déceler des indices, interpréter les expressions des visages, inventer une histoire et donner un sens à cette errance. Un besoin d’exister plane au-dessus de ces fantômes de tous les jours et nous renvoie à notre propre sort, fragile et mystérieux.

Noyés dans un océan d’âmes esseulés et étouffés par la consommation de masse, notre propre vie semble parfois nous échapper, N’est-il pas temps de nous la réapproprier ?

Camille Lemay

2017